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Jour 5

Rando Ecolo

Après cette incroyable ascension pour atteindre le sommet à 4984m, on entame la redescente en ce cinquième jour de trek ! Départ sous les nuages, le nez qui coule et les yeux qui piquent. Rapidement, on sort nos sacs plastiques, emmenés initialement pour ramener nos propres déchets. Mais, la légèreté de nos sacs à dos aidant, cela ne nous rajoute pas beaucoup d’efforts que de nous baisser pour ramasser les détritus disséminés le long du sentier. En nous voyant ramasser les déchets, différentes réactions parmi les gens que l’on croise : « nice », « well done », ou la mère de famille française : « Oh regarde ! Des jeunes qui ramassent des déchets, il paraît que c’est à la mode ! », et le jeune népalais en nous serrant la main : « I will worship god because he gave you such a beautiful heart ! ». Sonam, notre guide, ramasse, quant à lui, du bois et des plantes pour les cérémonies. Pas sûr que le prélèvement de ces plantes soit autorisé dans le parc national, il nous indique qu’elles sont destinées à des usages thérapeutiques et rituels dans son village.

Les sacs poubelle se remplissent rapidement, on les vide à la pause thé dans une poubelle d’une tea-house, en espérant qu’ils ne finiront pas dans la belle rivière en dessous. On se pose alors la question : est-il préférable de les enterrer ou de les brûler? L’une ou l’autre de ces solutions, c’est en effet le destin commun de ces déchets dans beaucoup de pays explorés par l’Effet Libellule. Par ailleurs, il n’y a aucun ramassage de déchets dans la vallée. Les ânes ou les hommes montent chargés de denrées de consommation mais les résidus ne sont jamais redescendus.

Quand on reprend enfin la route après un énième Dhal Bat, nos genoux nous paraissent rouillés ! On a le nez qui coule, mal à la tête, l’impression d’être au ralenti, dans le gaz ! Un sac plastique à la main, on s’étonne de trouver si peu de déchets par terre, jusqu’à ce que l’on rattrape les jeunes népalais, croisés plus tôt dans la journée. Ils ont à main des bouteilles plastiques usagées ainsi qu’un sac en plastique rempli de déchets ! Et puis on retrouve nos amis français, eux aussi ont bien rempli leurs « garbage bags » malgré leurs sacs volumineux et leurs bâtons de marche.

Finalement, "faire notre part" encourage aussi d’autres colibris et libellules à en faire autant sur un sentier de randonnée comme ailleurs.


Jour 6

Rando Pas si écolo ?

L’impact écologique du randonneur, on en parle ?

Et si partir en expédition dans une vallée naturelle pouvait avoir un impact négatif sur la biodiversité locale ? Et si en voulant être au plus proche de la nature himalayenne, on en accélérerait le déséquilibre ?

C’est les questions qui nous trottent en tête à mesure que l’on redescend vers le village de Syabru Besi. Hier soir, après une partie de Uno près du poêle à bois, en compagnie d’australiens et allemands, on a repris la lecture de notre guide du Népal. Et le paragraphe consacré à l’impact environnemental des randonnées dans l’Himalaya est sans appel.

Nous qui pensions aux bouteilles plastiques, aux piles usagers et autres déchets abandonnés par les randonneurs, nous prenons maintenant conscience d’un autre type de détérioration de l’environnement dû aux randonnées.

En effet, dans cette vallée de l’Himalaya, le flot de randonneur, augmentant l’offre d’hébergements et de restaurants, attise les besoins en bois. Qu’il s’agisse de la construction des hébergements, du chauffage ou pour faire la cuisine, le bois est indispensable pour les habitants de la vallée. Or le déboisement a ici un impact catastrophique, en termes de destruction d’habitats naturels bien sûr, mais aussi en termes d’érosion des sols et donc de glissements de terrain, avalanches de pierre et de neige.

L’érosion est aggravée aussi par les sentiers qui sont empruntés quotidiennement. Sous nos pieds, c’est une terre dans laquelle plus rien ne poussera avant des années, et qui crée des conduits d’eau à chaque pluie, creusant un peu plus le sentier et fragilisant le flanc de la montagne.

Les écosystèmes de la région sont fragiles et le passage répété de randonneurs et porteurs sur les sentiers ne fait que les perturber davantage. A part les singes qui ne semblent pas trop effrayés par la présence humaine, nous n’aurons vu aucun mammifère sauvage pendant ces 6 jours. Même les oiseaux se faisaient rares.

Evidemment, le développement du tourisme montagnard dans cette vallée représente un tremplin économique important pour les habitants. Parallèlement à cela, ils sont contraints de respecter des règles environnementales qui régissent le Parc National où ils habitent, par exemple, il est interdit de couper des arbres en dehors des périodes autorisées. Mais les mesures prises, ne semblent pas à la hauteur du défi. Des sommes considérables sont disponibles, issues des gains par la vente de permis de treks, mais sur place, les chemins ne sont pas ou peu entretenus, incitant les randonneurs à marcher dans l’herbe moins glissante ; les solutions de collecte et de gestion des déchets manquent cruellement ; les touristes ne sont pas sensibilisés, …

En tout cas, on s’est promis de ne plus partir en randonnée en pensant naïvement qu’aller à la rencontre de la Nature, suffisait pour faire de nous des « écolos », sensibles à la cause écologique mais que justement, cela nous incombait la responsabilité de minimiser notre impact environnemental en mettant la main à la pâte. Ne pas jeter ses détritus, et ramasser ceux que l’on voit. Ne marcher que sur les sentiers balisés, pour ne pas augmenter l’érosion. Savoir rester silencieux pour mieux écouter. Ne rien arracher, ne rien laisser. Et bien sûr, apprécier le paysage, les odeurs, les couleurs, les chants des oiseaux, les sifflements des insectes, l’immensité des sommets.